Interruptions Internet, Répressions Fatales; menace persistante pour la liberté d’expression et les droits de réunion en Afrique

Par Felicia Anthonio, Coordinatrice du Réseau Africain de la Liberté d’Expression(AFEX).

Ces derniers temps, les gouvernements ont eu de plus en plus recours à la coupure d’Internet et à l’usage de  la force excessive contre des manifestants comme mesure de contrôle des manifestations sur le continent africain. L’utilisation de ces mesures répressives entraîne souvent la violation de droits fondamentaux des citoyens tels que la liberté d’expression, l’accès à l’information, le droit de réunion et le droit à la vie. 

Au cours du mois passé, les gouvernements du Soudan et du Zimbabwe ont échoué dans la défense des droits fondamentaux des citoyens dans leurs réponses respectives à une série de manifestations dans les deux pays. Des manifestations massives ont eu lieu au Soudan et au Zimbabwe au sujet de graves difficultés économiques. Les gouvernements des deux pays n’ont pas pu répondre aux demandes des citoyens, mais ils ont plutôt réagi avec une main lourde qui a entraîné des pertes en vies humaines. 

Le recours à des mesures répressives, notamment la coupure d’Internet, l’arrestation et la détention des personnalités ou des militants de l’opposition et le recours à la force meurtrière contre des manifestants ont entraîné une détérioration de la situation déjà peu enviable des droits de l’homme dans les deux pays. 

En décembre 2018, des agents de la sécurité soudanaise ont pris part à des manifestations massives qui ont éclaté dans différentes villes du pays. Ils ont tiré des balles réelles et des gaz lacrymogènes sur les manifestants, faisant ainsi environ 20 morts et plusieurs blessés. Plusieurs personnalités de l’opposition ont également été arrêtées arbitrairement pour avoir soi-disant attisé les manifestations. Outre ces violations, le gouvernement dirigé par Al-Bashir a ordonné aux principaux fournisseurs de services de télécommunication du pays (MTN Soudan, Zain Soudan et Sudatel) de bloquer l’accès aux plateformes de réseaux sociaux tels que Twitter, Facebook, WhatsApp et Instagram sur les manifestations anti-gouvernementales.

De même, en janvier 2019, le gouvernement du Zimbabwe a déployé une force meurtrière et une coupure d’accès Internet pour contrôler les manifestations à Harare et dans d’autres villes à la suite d’une hausse du prix de l’essence. Le gouvernement a réprimé les manifestants en utilisant la force brutale et une ordonnance de blocage complet d’Internet dans le pays. Environ sept millions de la population utilisant Internet au pays (statistiques de 2017) est numériquement isolée du reste du monde. Les brutalités policières contre les manifestants ont entraîné la mort d’environ cinq personnes. Il a également été signalé des cas d’autres violations, notamment des arrestations arbitraires, des détentions et des agressions physiques contre des militants. 

Les mesures répressives adoptées par les deux pays se sont révélées vaines, car les manifestations continuent de gagner du terrain, en dépit de l’introduction de ces mesures répressives. 

La situation dans les deux pays reflète une tendance générale en Afrique, où Internet est fermé et  ou les forces de sécurité lancent des attaques fatales contre des manifestants, en particulier des manifestants antigouvernementaux, en toute impunité. Les gouvernements du Togo, du Cameroun, du Tchad, de l’Éthiopie et de la République Démocratique du Congo ont fermé Internet en dépit de la répression meurtrière contre les manifestants antigouvernementaux en 2017.

Cliquez ici pour lire le rapport annuel d’AFEX sur l’état de la liberté de l’Internet en Afrique pour plus d’informations sur pays ayant connu des pannes et des violations de l’Internet en 2017. 

Incidemment, le droit à la liberté d’expression est inscrit dans les constitutions du Soudan et du Zimbabwe. Tous deux sont également signataires des cadres régionaux et internationaux tels que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). 

Les gouvernements africains ont le devoir de veiller à ce que les droits fondamentaux de leurs citoyens soient respectés à tout moment. Il est donc préoccupant que des gouvernements, qui sont eux-mêmes censés garantir la jouissance de telles libertés, deviennent les principaux violateurs des droits des citoyens. 

Les dirigeants africains doivent donc adopter une approche plus humaine et plus respectueuse des droits afin de contrôler les manifestations publiques conformément aux engagements pris dans la constitution de leur pays et dans les nombreux protocoles et chartes relatifs à la liberté d’expression et de réunion qu’ils ont signés.