Cette déclaration a été publiée à l’origine sur www.mfwa.org le 21 janvier 2019.

Le mercredi 16 Janvier 2019, Ahmed Hussein Suale, membre de l’équipe d’enquête Tiger Eye PI dirigée par Anas Aremeyaw Anas, a été tué par balle par des inconnus.

L’incident a attiré l’attention et la condamnation de la part des autorités nationales, régionales et internationales. Tous les acteurs, y compris les Nations Unies, ont appelé les autorités ghanéennes à mener une enquête rapide et approfondie sur le dossier afin de traduire les auteurs en justice.

Bien que nous soyons attristés par la mort de Suale, cet incident révèle trois défis critiques sur la sécurité des journalistes au Ghana qui doivent être mis en lumière et pris en compte par tous les acteurs.

  1. Echec de l’Etat

Quoique toute personne et institutions aient la responsabilité de protéger les journalistes, l’État a la responsabilité principale d’assurer la sécurité et la protection de tous, y compris des journalistes. Mais au fil des années, l’État ghanéen n’a malheureusement pas respecté ses obligations en matière de sécurité des journalistes.

Au cours des quatre dernières années, par exemple, la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) a rapporté 62 incidents d’attaques contre des journalistes et des organes de presse au Ghana. Cela se traduit par plus d’une attaque contre des journalistes par mois.

Dans bon nombre de ces cas, la MFWA a souvent soit adressé une pétition aux autorités compétentes, soit  et mené des suivis appropriés ou publié des communiqués de presse exigeant des réactions de la part des autorités.

Des exemples récents de tels abus incluent les attaques sur un reporter par un garde du corps de l’ancien président John Mahama; l’attaque de quatre reporters par des agents de sécurité du New Patriotic Party (NPP) au pouvoir, au siège du parti à Accra; l’assaut de soldats contre un journaliste indépendant, Kendrick Offei.

Latif Iddrissu a souffert d’une fracture au crâne suite aux brutalités policières

D’autres attaques portent sur la brutalité policière contre le journaliste de Joy News, Latif Idrissu et l’attaque du journaliste de GBC, Yahyah Kwamoah, par Stan Dogbe un personnel de la présidence. Il y a eu des agressions sur des organes de médias tels que Hot FM à Accra, Radio Justice à Tamale et les bureaux du Daily Guide à Kumasi.

Malheureusement, outre les mesures prises par quelques médias, notamment le groupe Multimedia, pour que justice soit rendue à leurs employés victimes d’abus, il n’y a aucune preuve d’enquêtes menées par l’État jusqu’à terme et à une justice pour les victimes. Même lorsqu’une agression a eu lieu au quartier général de la police, celle-ci n’a pas été en mesure de la résoudre.

Par exemple, on aurait pu s’attendre à ce que les institutions de sécurité de l’État prennent des mesures contre le député d’Assin Central, Kennedy Agyapong, pour son incitation publique et largement diffusée contre le regretté Suale.

Le phénomène persiste à cause de l’inaction de l’État sur les attaques contre les journalistes, et cela a  comme conséquence une culture florissante d’impunité qui ne peut que donner l’impression que les journalistes peuvent être maltraités sans que personne ne soit tenu responsable.

  1. Inertie de la part des médias

Les médias eux-mêmes – organes de presse, journalistes et autres travailleurs – portent une grande responsabilité en ce qui concerne la sécurité des journalistes en exigeant sans relâche  que les autorités les accordent une attention particulière en tant qu’un des enjeux nationaux prioritaires.

Malheureusement, au fil des ans, les reportages sur les attaques contre les journalistes font rarement la une des grands journaux. A peine de tels reportages sont repris par l’organe de presse des victimes et par très peu d’autres, et même dans ce cas, la question ne fait pas l’objet d’un débat soutenu.

Bien souvent aussi, les journalistes victimes d’attaques et leurs organes de presse respectifs omettent de signaler les incidents à la police aux fins d’enquêtes et, souvent, ils ne font pas le suivi. En effet, lors d’entretiens entre la MFWA et la police ghanéenne sur la sécurité des journalistes, la police a souvent évoqué comme un défi majeur le fait que les violations ne leur soient pas signalées.

  1. Compromis indignes

A plusieurs occasions, la poursuite de la justice dans les cas de violence contre les journalistes a été minée par l’entremise des règlements dans l’ombre.

De tels règlements, qui incluent parfois des compensations, sont conclus à l’insu des acteurs des médias en quête de justice et dont l’initiative avait place la violation sous les projecteurs.

Dans certains cas également, les médias, au détriment de la poursuite de la justice, facilitent ces négociations dans l’ombre et les versements dédommagements d’abus de nature criminelle.

La vague d’impunité qui entoure les attaques contre des journalistes et des organes de presse à travers le pays est extrêmement préoccupante.

Il est indiscutable que les journalistes eux-mêmes et leurs organes de presse respectifs ont un rôle à jouer en ce qui concerne leur sécurité. Cependant, l’État a la responsabilité ultime d’assurer la sécurité de tous, y compris des journalistes.

Tandis que nous compatissons toujours avec la famille du regretté Ahmed Suale et demandons une enquête rapide et approfondie sur l’incident, la MFWA demande au gouvernement de faire montre d’un plus grand engagement sur les problèmes de sécurité des journalistes.

Nous appelons également la direction des organes de médias à prendre les mesures appropriées pour garantir la sécurité de leur personnel et, en cas de violations, à prendre les mesures nécessaires pour que justice soit rendue.