MRA, et IPC présentent une pétition au Bureau du Code de Conduite pour Violation des Droits des Journalistes

Suite à de récentes attaques perpétrées contre des journalistes par le gouverneur de l’État d’Ebonyi, deux organisations de soutien aux médias basées à Lagos, notamment le Media Rights Agenda (MRA) et le  International  Press Center (IPC), ont présenté une pétition au Bureau du Code de conduite (CCB). Les deux organisations par le biais de cette pétition demandent au Bureau de sanctionner le gouverneur de l’État d’Ebonyi, David Umahi, pour mauvais comportement, et violation de son serment ainsi que du Code de conduite des fonctionnaires d’Etat.

Dans une plainte adressée au président du Bureau, les deux organisations ont évoqué le paragraphe 3(e) de la première partie de la troisième annexe de la Constitution de 1999, telle qu’amendée, et ont soutenu d’une part que Mr. Umahi n’est pas qualifier à continuer d’occuper le poste de gouverneur, et d’autre part ont demandé au Bureau d’enquêter sur la question. Elles ont également invoqué les dispositions du paragraphe 18(2)(a) et (b) du Code de Conduite des Fonctionnaires d’Etat de la Constitution afin d’assurer le limogeage de Mr. Umahi du poste de gouverneur et de le disqualifier d’occuper tout poste gouvernementale pendant les 10 prochaines années.

Signé par le Directeur exécutif du MRA, Mr. Edetaen Ojo et le Directeur de l’IPC, Mr. Lanre Arogundade, la pétition porte aussi sur les circonstances de l’arrestation, du 18 Avril, de Mr. Chijioke Agwu, reporter au journal « Daily Sun », ainsi que les instructions du gouverneur qui ont mené à ladite arrestation. Les deux organisations ont aussi inclus dans la pétition les déclarations faites par le gouverneur le 22 Avril, lors d’une émission télévisée diffusée en direct sur la radio. Dans ses propos, le gouverneur a interdit à vie à Mr. Agwu et Mr. Peter Okutu, correspondant du journal « Vanguard », l’entrer dans ses locaux ainsi que dans tout autres installations gouvernementale de l’État, et de couvrir toute fonction gouvernementale ou officielle dans l’État d’Ebonyi.

Les deux organisations ont joint à la pétition un enregistrement audio de l’émission au cours de laquelle le gouverneur a fait ces déclarations, et ont affirmé que les paroles du gouverneur contenaient des propos incitatifs contre les deux journalistes sur lesquelles il a imposé l’interdiction. Elles ont aussi souligné que les propos du gouverneur mettent non seulement la vie des deux journalistes en danger mais aussi celle de d’autres journalistes de l’État qui, selon les propos du gouverneur, seraient confrontés à des conséquences désastreuses s’ils publiaient des articles négatifs au sujet de son gouvernement.

Les deux organisations ont souligné que les actions et la conduite du gouverneur constituent un abus de pouvoir en ce sens qu’il a utilisé de manière inappropriée et illégale sa position et son pouvoir de gouverneur de manière abusif pour opprimer et violer les droits des citoyens nigérians et mettre leur vie en danger.

Les deux organisations ont fait valoir que Mr. David Umahi ne dispose pas du pouvoir, en vertu de la Constitution ou de toute autre loi, que ce soit en tant que gouverneur ou à quelque titre, de prendre les mesures qu’il a prises, en particulier d’imposer une interdiction à vie à des journalistes ou à tout autre citoyen, qui n’ont pas été inculpés ou condamnés pour une quelque infraction.

Ils ont accusé le gouverneur d’avoir violé son serment d’office, son serment d’allégeance, ainsi que plusieurs dispositions de la Constitution de 1999. Par ses actions, le gouverneur a selon les deux organisations mis le Nigéria en position de violation de ses obligations en relation avec les traités internationaux, en particulier l’article 66(2)c) du Traité révisé de la CEDEAO, où, en tant qu’État membre de la Communauté Economique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Nigéria a accepté de coopérer avec d’autres États membres dans le domaine de l’information et s’est engagé à « assurer le respect des droits des journalistes ».  Dans la pétition a aussi été cité les dispositions de la Constitution que le gouverneur a violées y compris les articles 13, 22, 35(1), 35(3) et 39(1).

Les deux organisations ont soutenu que par ses actions illégales et non constitutionnelles, le gouverneur a ridiculisé le Nigéria sur la scène internationale et est responsable de la violation par le Nigéria de plusieurs instruments internationaux. Parmi ceux-ci figurent le Traité révisé de la CEDEAO, la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuple, le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, ainsi que les diverses résolutions de l’Assemblée Générale des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et les mesures qui devraient être prises en matière d’impunité pour les crimes contre les journalistes.

Selon le MRA et l’IPC, en se conduisant de la sorte, le gouverneur a agi arbitrairement et de sorte à porter préjudice aux droits de d’autres personnes, en particulier celui des professionnels des médias engagés dans leurs fonctions professionnelles en tant que journalistes. Les deux organisations soutiennent que le gouverneur a ainsi violé les dispositions du paragraphe 9 du Code de Conduite des Fonctionnaires d’Etat de la Constitution de 1999, qui stipule « qu’un fonctionnaire d’Etat ne doit pas lui-même, ou ordonner à autre personne, en abus de ses pouvoirs, tout acte arbitraire préjudiciable aux droits de toute autre personne sachant qu’un tel acte est illégal ou contraire à toute politique gouvernementale ».

Mr. Arogundade a martelé « en tant que citoyens, nous considérons les actions du gouverneur Umahi comme une grave menace, et une atteinte aux droits et libertés fondamentaux, en particulier à la lumière de ses attaques incessantes contre les journalistes dont le rôle est plus important que jamais dans le contexte actuel de lutte contre une pandémie mondiale qui constitue une menace à l’existence de l’humanité. Nous sommes motivés à prendre cette mesure car nous sommes convaincus que si au Nigéria, nous voulons surmonter les défis actuels et futurs, la capacité des journalistes à continuer à jouer un rôle professionnel et constitutionnellement obligatoire de collecte, de traitement et de diffusion d’informations au public ne devrait pas être entravée ».

Mr. Ojo, a également donné du ton au point de vue de Mr. Arogundade en soulignant que le gouverneur avait délibérément et illégalement créé un environnement toxique pour les journalistes et autres professionnels des médias dans l’État d’Ebonyi en leur rendant constamment l’exercice de leurs fonctions professionnelles impossible, en incitant imprudemment les citoyens contre eux et en mettant leur vie et bien-être en danger.

Mr. Ojo a souligné : « Il est clair pour nous, d’après les actions et les déclarations du gouverneur Umahi, qu’il n’a aucun respect pour la loi ni pour la Constitution, ni pour son serment d’office, ou même sa propre dignité. Il croit qu’il représente une loi pour lui-même et nous n’avons aucun doute qu’une telle personne n’est pas qualifié pour continuer d’occuper de telles fonctions au Nigéria. Nous avons donc l’intention d’utiliser tous les moyens juridiques et constitutionnels dont nous disposons pour mener cette affaire à sa conclusion logique ».

Pour plus d’Informations veuillez bien contacter :

Stella Nwofia
Responsable de Programme au Contre International de la Presse
Tel : +234 802 035 9629
E-mail: stellanwofia[@]ipcng.org

Ayode Longe

Directeur de Programme, Media Rights Agenda
Tel : +234 802 329 8628
E-mail : ayode[@]mediarightsagenda.org