Deux Semaines de Répression Alarmante; Témoignage de l’Echec du Gouvernement de Buhari au Test de Tolérance

Ce Communiqué était premièrement publié sur mfwa.org le août 21, 2019.

La Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) est profondément préoccupée par la répression exercée par les autorités nigérianes contre la liberté d’expression, comme en témoignent l’arrestation et la détention des journalistes, de militants politiques et de manifestants au cours des deux dernières semaines.

L’attaque qui a commencé le 3 Août 2019 avec l’arrestation d’Omoyele Sorowe, un militant politique et promoteur des medias Sahara Reporters, a fait plusieurs victimes, y compris des manifestants anti-gouvernementaux. Sorowe, un critique virulent du gouvernement Buhari, a récemment lancé un mouvement appelé RevolutionNow. Le 3 Août, il avait appelé les Nigérians à sortir manifester le 5 Août contre la mauvaise gestion et la corruption perçues au Nigeria pour annoncer une révolution. Il a cependant été arrêté à son hôtel à Lagos par des agents du Département des services de l’Etat (DSS).

Le 8 Août, la Haute Cour fédérale d’Abuja a accordé au DSS la permission de détenir Sowore pendant 45 jours sans inculpation en vertu de la loi sur le terrorisme du Nigeria.

Le 5 Août, le jour de la manifestation prévue, Ibrahim Dan Halilu, décrit par les médias comme un spécialiste de la communication, a également été arrêté pour avoir exprimé sa solidarité avec Sorowe sur Facebook. Dans ce poste, Dan Halilu a également exprimé son indignation face à la corruption, la pauvreté et d’autres maux affectant le Nigeria. Des agents de la DSS ont perquisitionné sa maison à Rigachikun, dans l’État de Kaduna, et l’ont emmené vers 14 heures, heure locale, selon la presse en ligne Vanguard Nigeria. Il a depuis lors été détenu sans inculpation et n’a pas non plus été traduit devant un tribunal.

L’arrestation et la détention d’Halilu, tout comme le cas de Sorowe, ont été largement condamnées par les groupes de défense de la liberté de la presse et les militants au Nigeria.

« M. Halilu a été arrêté et placé en détention illégale et inconstitutionnelle parce qu’aucune accusation n’a été portée contre lui ou parce qu’il n’a pas été traduit en justice conformément aux paragraphes 4 et 5 de l’article 35 de la Constitution. Nous condamnons fermement cette violation flagrante de la Constitution et ce mépris des droits des citoyens », a déclaré M. Edetaen Ojo, Directeur exécutif de Media Reform Agenda (MRA).

Malgré l’arrestation de Sorowe et les menaces des forces de sécurité, une foule nombreuse s’est rassemblée devant le stade national de Surulere, à Lagos, le jour prévu pour manifester en réponse à l’appel du militant. La police a également donné suite à leurs menaces en brutalisant les manifestants, dont huit ont été arrêtés.

Victor Ogungbero, un cameraman travaillant avec Sahara Reporters qui couvrait la manifestation, a également été agressée et placé en détention au Département des Investigations Criminelles, à Panti, Yaba, État de Lagos.

 « Il a été battu et traîné par terre pendant qu’on l’emmenait « , rapporte Sahara Reporter, citant un témoin oculaire.

Neuf jours après l’arrestation de Dan Halilu, Victor Ogungbero et des huit manifestants, la police de l’État de Yobe, dans le nord-est du Nigeria, a le 14 août 2019,  arrêté Sunday U. Japheta, un policier qui a fait une publication sur Facebook pour exprimer sa frustration face au sort des policiers du pays. M. Japheta a déploré la tuerie récente de ses collègues dans l’État de Taraba, dans le nord-est du Nigeria, et le non-paiement des salaires des agents de la police.

Le commissaire de police de l’Etat, Sunmonu Abdulmaliki, a confirmé l’arrestation de Japhet mais a refusé de donner les détails de l’arrestation. Japhet va être traduit en justice devant la cour martiale pour sanction disciplinaire pour avoir exprimé son opinion à haute voix sur une plateforme de réseaux sociaux.

Il y a eu une autre attaque contre le droit de réunion pacifique le 19 Août, lorsque les forces de sécurité ont été déployées pour empêcher les gens de se rassembler au Centre Lagos, Ikeja, Lagos, pour un rassemblement prévu par la Coalition pour la révolution (CORE). Le fort contingent de policiers et d’officiers militaires a bouclé les lieux avec des rapports de témoins oculaires indiquant que certaines personnes venues pour l’événement avaient été arrêtées.

L’événement s’est toutefois tenu plus tard dans la journée, à la suite d’une réunion des principaux membres du CORE, dont Femi Falana, avec le commissaire de police de l’État, Zubairu Muazu, qui a donné son accord.

Entre-temps, un journaliste de la BBC, Andrew Gift, avait été arrêté par la police alors qu’il couvrait l’affrontement entre les agents de sécurité et les membres du CORE. Gift a été détenu dans un fourgon de police et forcé de supprimer les photos et les vidéos qu’il avait prises des événements de ce matin-là.

La Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest est profondément préoccupée par la série d’arrestations liées à des messages critiques sur Facebook dans le pays et par la répression contre les rassemblements pacifiques. L’organisation se joint aux médias et aux groupes de défense des droits à la liberté d’expression au Nigeria pour demander aux autorités de démontrer leur engagement envers les droits à la liberté d’expression tels que consacrés dans la constitution du pays et dans plusieurs cadres régionaux et internationaux que le pays a ratifiés en libérant Dan Halilu, Sorowe et autres.

La MFWA exhorte les autorités à assurer un procès équitable et impartial à la cour martiale pour Japhet. Par ailleurs, nous appelons les dirigeants des services de police à veiller à ce que les droits de toutes les personnes détenues ne soient pas bafoués.