AFEX appelle les Gouvernements Africains à Promouvoir la Sécurité des Journalistes, et à Combattre l’Impunité

#AFEX_GM2018 à Accra, Ghana

La sixième réunion de l’assemblée générale du Réseau Africain de la Liberté  d’Expression (AFEX), un réseau des organisations africaines pour la promotion/développement de la liberté d’expression et des médias, qui est aussi membre du réseau international IFEX, s’est tenue à Accra au Ghana, du  mercredi 7 au jeudi 8 novembre 2018.

Organisée par la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) et présidée par M. Edetaen Ojo, président du comité directeur d’AFEX et  directeur exécutif de Media Rights Agenda (MRA), l’assemblée générale a réuni tous les représentants des organisations membres d’AFEX venus de l’Afrique occidentale, orientale, centrale et australe. La réunion a  également accueilli deux représentants d’ARTICLE 19 du Brésil et ARTICLE 19 du Mexique, ainsi que des journalistes du Ghana.

La réunion a examiné des questions institutionnelles concernant AFEX ainsi que l’état actuel de la liberté d’expression en Afrique et des stratégies pour faire face aux menaces à la liberté d’expression et à la liberté des médias sur le continent, en particulier les questions de la sécurité des journalistes et  la manière de faire face à la situation actuelle, aux défis de l’impunité pour les crimes contre les journalistes. Les participants ont également décidé d’élaborer un plan d’action sur la sécurité des journalistes en Afrique, qui guidera les interventions de plaidoyer des organisations membres d’AFEX et d’autres organisations de défense de la liberté de la presse.

A l’issue de la réunion, les membres du réseau AFEX ont adopté à l’unanimité la  déclaration suivante: 

  • Nous sommes profondément préoccupés par la vague croissante d’attaques contre les journalistes et les médias en général sur tout le continent Africain, en particulier lors des élections. Nous sommes en outre troublés par l’augmentation généralisée du niveau d’insécurité dans la pratique du journalisme, résultant des actes de violence non réprimés contre les professionnels des médias et les organisations de médias. 

  • Nous estimons que l’incapacité des gouvernements africains à assumer leur responsabilité à protéger les journalistes ainsi que d’autres personnes au sein de la communauté exacerbe ce problème avec de nombreux cas d’assassinats non condamnés de journalistes et d’autres crimes contre des journalistes qui n’ont pas fait l’objet d’enquêtes approfondies depuis dans nombreux pays, dont la Somalie, le Soudan du Sud, le Nigéria, l’Ouganda et le Cameroun. 

  • Etant donné la norme bien établie selon laquelle la capacité des citoyens à exercer librement leur droit à la liberté d’expression est à la base d’une pratique démocratique dans tout pays, nous estimons que la détérioration de l’état de la liberté d’expression sur le continent Africain est un signe clair du déclin de la qualité de la démocratie en Afrique. 

  • Nous trouvons ironique et contradictoire que, bien que les dirigeants de l’Union africaine (UA) aient lancé 2018 en tant qu’année africaine de la lutte contre la corruption, ses membres poursuivent activement les médias et les professionnels des médias de nombreux pays pour avoir  dénoncé la corruption officielle.

  • Nous sommes également préoccupés par les attaques croissantes contre les droits numériques et les libertés sur internet par les gouvernements et leurs services de renseignement dans certaines régions d’Afrique, notamment en Ouganda et en Zambie, où des taxes sur les médias sociaux ont récemment été introduites, tandis  que dans d’autres pays comme le Cameroun, l’Éthiopie, le Mali, le Burundi, le Togo, le Tchad et l’Ouganda où l’internet  et les services de réseaux sociaux ont été fermés de temps à autre.

  • Nous sommes convaincus que de tels actes ne font qu’aggraver la fracture numérique, qui place déjà l’Afrique à la traîne par rapport aux autres régions du monde en ce qui concerne la disponibilité, l’accessibilité financière et l’utilisation d’internet et des outils numériques. En outre, ils nuisent à la créativité et à l’ingéniosité des jeunes africains, qui sont ainsi privés de la possibilité d’innover à l’ère numérique, tout ceci compromet  le potentiel des pays africains en matière de développement économique, social et politique.

  • Nous notons que la plupart des pays d’Afrique continuent d’utiliser le droit pénal pour saper le droit à la liberté d’expression et punir les activités journalistiques et d’autres formes d’expression, y compris l’expression non-verbale. Nous sommes d’avis que dans la plupart des cas, ces lois ne servent à rien d’autre que pour réprimer les critiques sur les agents publics et les actes répréhensibles commis par les autorités, les reportages révélant la corruption ou, dans certains cas, l’empêchement de publier des documents politiquement embarrassants. Il existe également de nombreux exemples sur le continent où de telles lois ont été utilisées pour empêcher le contrôle public des autorités politiques, des institutions publiques et des hauts fonctionnaires, entre autres.

  • Par conséquent, nous appelons tous les pays d’Afrique à entreprendre une réforme complète de leur législation sur les médias afin de décriminaliser la pratique des médias, de promouvoir et de créer un environnement juridique propice à la liberté d’expression , conformément aux normes internationales.

  • Nous appelons également les professionnels des médias et leurs associations en Afrique à prendre des mesures urgentes pour enrayer et contrecarrer la propagation de «fausses informations», qui est maintenant considéré comme l’une des plus grandes menaces à la démocratie dans le monde. Même si nous reconnaissons que la falsification délibérée d’informations et la diffusion de telles informations ne sont pas nécessairement l’œuvre de journalistes professionnels, nous sommes néanmoins convaincus que les journalistes professionnels ont un rôle majeur à jouer dans la lutte contre ce phénomène en fournissant au public des informations précises et fiables et en établissant constamment par leurs reportages la fausseté ou le manque de fiabilité des fausses nouvelles.

Les membres ont réélu M. Edetaen Ojo, directeur exécutif de Media Rights Agenda (MRA), pour présider le comité directeur d’AFEX pour une nouvelle période de deux ans. Ils ont également élu au comité directeur Mme Rea Simigiannis, directrice exécutive par intérim de Freedom of Expression Institute (FXI) en Afrique du Sud; M. Moses Magoola, responsable des programmes de Human Rights Network for Journalists – Uganda (HRNJ-U) en Ouganda; et M. Sulemana Braimah, Directeur exécutif de Media Foundation for West Africa (MFWA) au Ghana.

Fait à Accra, au Ghana,  jeudi 8 novembre 2018.