AFEX Condamne le Harcèlement d’un Activiste contre la Corruption par les Autorités Sierra-léonaises

M. Fatoma lors d'une Conference à Londres, 2016

Le Réseau des organisations africaines de la Promotion de la liberté d’expression (AFEX) dénonce le harcèlement que subit  M. Abdul Fatoma, Président Directeur-Général (PDG) de la Campagne des Droits Humains et du Développement International, (CHRDI), une organisation de la société civile en Sierra Leone.

Au cours des deux derniers mois, M. Abdul Fatoma, qui agit également comme militant anti-corruption, a été harcelé par le Parlement sierra-léonais et la police après ses observations sur des allégations de corruption en cours au sein du corps législatif de ce  pays.

Le 31 janvier, 2017, des policiers sans mandat ont arrêté M. Fatoma dans les installations  de la Radio Démocratie, en Sierra-Leone où il venait de terminer un débat autour d’un scandale de corruption au pays. La police l’a emmené par la force au parlement sierra-léonais pour interrogation par les membres du parlement.   M. Fatoma a été ensuite remis au bureau du Département des enquêtes criminelles (CID) pour y être encore interrogé et y  a été détenu pendant la nuit. M. Fatoma a été libéré le 1er février 2017, mais son passeport a été confisqué par la police. Il a été convoqué pour comparaître devant le Parlement le 6 février 2016.

M. Fatoma a été prié de revenir au Parlement avec des preuves pour étayer ses allégations dans une lettre adressée au leader de la majorité en juillet dernier concernant le scandale de la corruption. La réunion a toutefois été annulée et reportée au 16 février lorsque M. Fatoma a finalement soumis les documents demandés au greffier et au directeur des communications du Parlement sierra-léonais.

Selon un communiqué publié par le CHRDI, le 18 février 2017, M. Fatoma a été interdit à la fois par la police et le Parlement de quitter le pays. Aucune accusation n’a été retenue contre lui par la police. Le CHRDI a également rapporté que la police, sous les instructions du Chef de la majorité parlementaire, l’Honorable Ibrahim Bundu, ont refusé de lui remettre son passeport.

Fond de l’affaire

Depuis juillet 2016, M. Abdul Fatoma, dans le cadre du programme de la Campagne de responsabilisation du CHRDI, a contesté la responsabilité d’une commission anti-corruption créée par le gouvernement pour enquêter sur les actes de corruption présumés au sein du Parlement du pays.  Au fil des années, le Parlement sierra-léonais a été accusé de détournement des fonds alloués pour la mise en œuvre des projets dans leurs comptes bancaires personnels. M. Fatoma a joué un rôle très important dans la lutte contre la corruption en Sierra Leone.

Refuser à M. Fatoma sa liberté de mouvement constitue une violation flagrante de ses droits garantis par la Constitution sierra-léonaise. L’article 18 de la Constitution sierra-léonaise stipule que « Nul ne doit être privé de sa liberté de mouvement et, aux fins du présent article, cette liberté signifie le droit de circuler librement dans toute la Sierra Leone, le droit d’entrer ou de quitter la Sierra Leone et l’immunité d’expulsion de la Sierra Leone ». La police n’a donc aucun droit de confisquer le passeport de M. Fatoma.

AFEX condamne le harcèlement dont est victime M. Abdul Fatoma par les autorités sierra-léonaises et demande à l’honorable Bundu d’ordonner à la police de lui remettre son  passeport pour lui permettre de voyager du  Sierra-Leone chaque fois qu’il le souhaite.

Le Parlement, sous la Constitution Sierra-léonaise, a le mandat de   «se considérer comme des représentants du peuple et se désister de toute conduite par laquelle ils cherchent à s’enrichir». Le Parlement en tant qu’institution doit donc  lutter contre la corruption plutôt que de lutter contre un activiste anti-corruption.

La police, d’autre part, est obligée de protéger les libertés civiles des personnes, et non de les harceler.

AFEX exhorte donc les autorités à respecter la liberté d’expression et les droits à la liberté de mouvement en Sierra Leone.