L’African Freedom of Expression Exchange (AFEX), un réseau engagé dans la protection et la promotion du droit de toute personne à s’exprimer librement, à accéder à l’information et à participer à la gouvernance, condamne fermement les récentes violations des libertés fondamentales survenues lors des manifestations du 25 juin 2025 au Kenya.
L’AFEX est gravement alarmée par les cas signalés de recours excessif à la force contre les manifestants, qui a entraîné plus de 16 morts confirmés et plus de 400 blessés. Il est particulièrement regrettable qu’une manifestation pacifique destinée à commémorer et à réclamer justice pour des vies perdues exactement un an plus tôt ait abouti à de nouvelles dizaines de victimes.
L’AFEX dénonce également la directive de l’Autorité des communications du Kenya (CAK) interdisant aux médias du pays de couvrir en direct les manifestations du 25 juin 2025. Nous condamnons en particulier les censures illégales imposées aux médias comme Citizen TV, NTV, KTN et K24. Cette directive constituait une mesure de censure flagrante qui empiète sur le droit du public à accéder à des informations précises et en temps réel, ainsi qu’à exprimer ses préoccupations par le biais de ces plateformes.
Ces mesures sont non seulement injustifiables, mais également illégales au regard du droit kenyan et du droit international. La Constitution du Kenya (2010) garantit clairement, dans son article 33, le droit à la liberté d’expression ; dans son article 34, la liberté et l’indépendance des médias électroniques, de la presse écrite et de tous les autres types de médias ; et dans son article 37, le droit de toute personne de se réunir, de manifester, de faire du piquetage et de présenter des pétitions aux autorités publiques de manière pacifique et sans recours aux armes.
Le Kenya fait également partie du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), dont les articles 19 et 21 protègent le droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique. Les violations actuelles sont en contradiction directe avec ces obligations internationales contraignantes.
La liberté d’expression, l’accès à l’information et le droit de réunion pacifique sont des piliers indispensables des sociétés démocratiques. Les tentatives visant à restreindre ces droits ne se contentent pas de réduire au silence la dissidence, elles affaiblissent également la confiance du public dans les institutions de l’État et mettent en péril l’État de droit.
Il est donc inacceptable que, à peine un jour (le 26 juin) après la manifestation commémorative, alors que la population pleurait encore les morts et s’occupait des plus de 400 blessés causés par les mauvaises compétences de gestion des foules de la police kenyane et d’autres agences de sécurité, le secrétaire d’État kenyan à l’Intérieur, Kipchumba Murkomen, tienne une conférence de presse dans le seul but de défendre la décision de la CAK de couper les signaux hertziens des médias ; et pour attaquer les journalistes internationaux.
Tout en condamnant les déclarations faites par le secrétaire d’État à l’Intérieur lors de la conférence de presse du 26 juin, l’AFEX salue vivement la décision rendue par la Haute Cour de Milimani, présidée par le juge Chacha Mwita, qui a émis une ordonnance conservatoire suspendant la directive de la CAK interdisant aux médias de diffuser en direct les images des manifestations commémoratives du 25 juin 2025.
« Une ordonnance conservatoire est PAR LA PRÉSENTE RENDUE, suspendant, avec effet immédiat, la DIRECTIVE n° CA/CE/BC/TV90A, ou toute autre directive émise par l’Autorité des communications du Kenya à l’intention de toutes les chaînes de télévision et stations de radio leur ordonnant de cesser la couverture en direct des manifestations du 25 juin 2025, ou de toute autre manifestation, jusqu’à l’audience et la décision concernant la requête et la pétition », indique l’ordonnance de la Cour.
L’AFEX félicite également le juge Chacha Mwita non seulement pour avoir suspendu la directive, mais aussi pour avoir ordonné le rétablissement immédiat de tous les signaux de diffusion qui auraient pu être coupés à la suite de la mise en œuvre de la directive de la CAK.
L’AFEX salue également la Fédération des rédacteurs en chef du Kenya (Kenya Editors’ Guild) ainsi que tous les acteurs des médias et les organisations de la société civile pour avoir soutenu les manifestants et les médias au Kenya afin de faire reculer la directive de la CAK.
Nous sommes solidaires de tous les Kenyans qui exercent leurs droits démocratiques, et nous exhortons les autorités kenyanes à protéger ces libertés plutôt qu’à les réprimer. La liberté d’expression n’est pas un privilège, c’est un droit. L’AFEX appelle donc le gouvernement du Kenya à :
1.Mettre fin à la répression des manifestations pacifiques et garantir la protection de tous les manifestants et journalistes ;
2.Veiller à ce qu’une enquête indépendante, impartiale et transparente soit menée sur tous les actes de violence, en particulier ceux commis à l’encontre des manifestants et des journalistes, et traduire les auteurs en justice ;
3.Respecter et faire respecter les obligations constitutionnelles et internationales relatives à la protection de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et du droit de réunion pacifique.
4.Organiser des sessions de formation aux techniques de gestion des foules à l’intention des forces de police kenyanes. En effet, les répercussions des manifestations de juin 2024 et juin 2025 démontrent clairement le manque de savoir faire des forces de police kenyanes en matière de gestion des foules, ainsi que leur compréhension limitée du rôle de l’expression, y compris des manifestations, dans les régimes démocratiques.
5.S’abstenir de déployer l’armée pour gérer les manifestations pacifiques, car ses interventions ont souvent été marquées par des abus


