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9 morts, des chaînes de télévision fermées, Internet suspendu au Sénégal

Neuf manifestants sont morts, l’internet a été suspendu et le signal d’une chaîne de télévision pro-opposition temporairement interrompu, suite à la condamnation du chef de l’opposition sénégalaise, Ousmane Sonko, qui a plongé le pays dans le chaos.

Des émeutes meurtrières ont éclaté dans plusieurs villes du Sénégal le 1er juin 2023, après le verdict du tribunal. Les forces de l’ordre ont réagi avec une extrême brutalité.

« Nous avons constaté avec regret des violences ayant entraîné des destructions sur des biens publics et privés et, malheureusement, neuf décès à Dakar et à Ziguinchor », a déclaré à la télévision nationale le ministre de l’Intérieur, Antoine Diome, dans la nuit 1er juin 2023.

Les autorités étatiques ont coupé le Signal de la chaîne de télé, Walf Tv, sur la TNT et Canal+ pour au minimum 48H. Walf Tv, tout comme la plupart des chaînes de télévision sénégalaises, a consacré une édition spéciale au procès d’Ousmane Sonko.  Plusieurs reporters et correspondants régionaux ont été dépêchés sur le terrain et suivaient en temps réel les manifestations qui ont éclatés suite à la condamnation de Sonko. Le chef de l’opposition a été condamné à deux ans de prison ferme et à une amende de 600 000 F CFA (environ $1000) pour « corruption de la jeunesse ».

Plus concrètement, les autorités reprochent à Walf Tv de montrer des images en boucle des manifestations. Elles s’appuient sur l’article 192 du Code de la presse justifier la suspension de la télévision.

« En cas de circonstance exceptionnelle, l’autorité administrative compétente (Gouverneur, Préfet ou Sous-préfet) peut, pour prévenir ou faire cesser une atteinte à la sécurité de l’État, à l’intégrité territoriale, ou en cas d’incitation à la haine ou d’appel au meurtre, ordonner : la saisie des supports de diffusion d’une entreprise de presse ; la suspension ou l’arrêt de la diffusion d’un programme ; la fermeture provisoire de l’organe de presse », dispose l’article 192 du Code de la presse du Sénégal.

Les responsables de Walf Tv disent n’avoir pas reçu de notification avant la suspension. Du côté du Conseil national de régulation de l’Audiovisuel (CNRA), l’instance régulatrice des médias, on dégage toute responsabilité dans la coupure du Signal de Walf Tv par la TNT.

Au-delà de la coupure du signal de transmission de la Walf Tv, plusieurs réseaux sociaux ont été également été restreints.

« Les métriques de NetBlocks confirment la restriction de Facebook, Twitter, WhatsApp, Instagram, YouTube, Telegram et d’autres plateformes de réseaux sociaux au Sénégal le 1er juin 2023. Cette mesure survient dans un contexte de manifestations généralisées à la suite de la condamnation du chef de l’opposition Ousmane Sonko », indique NetBlocks, la plate-forme de suivi de l’Internet dans le monde.

Les évènements du 1er juin 2023, ne sont pas une première. En février 2023, le CNRA a suspendu Walf Tv pour sept jours. Le régulateur des médias a accusé la chaîne d’avoir violé le code de déontologie en montrant des scènes de violence. La chaîne de télévision a couvert en direct une marche de protestation des partisans de l’opposant Ousmane Sonko, qui a dégénéré.

Deux ans plus tôt, en mars 2021, plusieurs civils ont été tués, l’accès aux réseaux sociaux ont été restreints, et au moins deux médias ont été suspendus lorsque des manifestations ont éclaté suite à l’arrestation de Sonko.

La Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) est profondément préoccupée par les mesures prises par les autorités, car ces dernières ont entraîné de graves violations des droits à la liberté de réunion, à la liberté de la presse et à l’accès à l’information. Tout en condamnant les débordements de certains manifestants, la MFWA est consternée par la réponse disproportionnée des agences de sécurité qui a malheureusement occasionné des pertes en vies humaines. Nous appelons les autorités à enquêter sur les actes de violence commis par les deux camps et à sanctionner les auteurs de cette répression meurtrière. Nous exhortons également les autorités, les forces de l’ordre, la société civile et les partis politiques à prendre les mesures nécessaires pour apaiser les tensions politiques, avant les élections présidentielles de l’année prochaine.

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