Alors que les Ougandais s’apprêtent à se rendre aux urnes le 15 janvier 2026, le pays se trouve plongé non pas dans une compétition démocratique ouverte, mais dans un climat croissant de peur, de restrictions et de répression. Au cours des jours qui ont précédé l’élection, les mesures prises par l’État ont systématiquement restreint l’espace civique, affaibli la surveillance indépendante et limité la liberté d’expression, d’association et d’accès à l’information des citoyens.
L’African Freedom of Expression Exchange (AFEX) est profondément préoccupé par la série de mesures coordonnées adoptées par les autorités ougandaises, qui, prises dans leur ensemble, constituent une grave atteinte aux libertés fondamentales à un moment critique de la vie démocratique du pays.
Le 12 janvier 2026, le Bureau national des organisations non gouvernementales (Bureau des ONG) a ordonné à au moins 10 organisations de la société civile, notamment des groupes de défense des droits de l’homme, de la liberté des médias et de surveillance électorale, de cesser leurs activités. Ces organisations ont reçu l’ordre de cesser leurs activités pour des motifs vagues liés à la « sécurité nationale », sur la base de renseignements selon lesquels elles se livraient à des activités « contraires à la loi ougandaise », ce qui revient à faire taire des voix indépendantes qui jouent un rôle crucial dans la garantie de la transparence, la documentation des abus et le soutien aux citoyens pendant les processus électoraux. Le moment choisi pour ces suspensions – à quelques jours seulement du scrutin – a suscité des inquiétudes quant à l’intention d’affaiblir le contrôle et de faire taire la dissidence.
Presque au même moment, la Commission ougandaise des communications (UCC) a imposé une coupure totale d’Internet à l’échelle nationale le 13 janvier 2026, vers 18 heures, heure locale, bloquant l’accès aux réseaux sociaux, aux services de messagerie et aux sources d’information en ligne. Cette coupure numérique a gravement perturbé la diffusion de l’information, entravé le travail des journalistes indépendants et empêché les citoyens de communiquer librement ou de partager des comptes rendus en temps réel sur le déroulement des élections. À une époque où Internet est essentiel à la participation, au contrôle et à la responsabilité, un tel blocage équivaut à un musellement collectif.
Ces événements se sont déroulés dans un contexte marqué par un déploiement massif des forces de sécurité, l’intimidation des partisans de l’opposition, des arrestations arbitraires de militants, ainsi que des informations faisant état d’enlèvements et d’un recours excessif à la force. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a qualifié le climat préélectoral de « répression généralisée », renforçant ainsi les craintes selon lesquelles les Ougandais se voient privés des conditions nécessaires à la tenue d’élections véritablement libres et équitables.
Les journalistes ont également été soumis à une pression croissante. Les restrictions imposées aux retransmissions en direct, le harcèlement des professionnels des médias et la coupure d’Internet se sont combinés pour affaiblir la liberté de la presse et priver le public d’un accès à des informations rapides, précises et indépendantes. La répression des médias pendant une période électorale porte atteinte à la responsabilité démocratique.
Globalement, ces mesures constituent des violations manifestes des garanties constitutionnelles de l’Ouganda et de ses obligations au titre des instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’homme, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Elles portent atteinte aux droits à la liberté d’expression, d’association, de réunion et d’accès à l’information. Ces droits ne sont pas facultatifs en période électorale, mais essentiels à la légitimité des élections.
AFEX condamne ces mesures et appelle le gouvernement ougandais à rétablir immédiatement l’accès complet à Internet, à lever les restrictions imposées aux organisations de la société civile et à veiller à ce que les journalistes, les militants, les acteurs de l’opposition et les citoyens ordinaires puissent exercer leurs droits sans crainte de représailles. Les forces de sécurité doivent agir avec retenue et professionnalisme, en respectant l’État de droit et les droits de tous les individus.
AFEX exhorte en outre l’Union africaine, la Communauté de l’Afrique de l’Est et les partenaires internationaux à rester vigilants, à dénoncer les abus et à soutenir les efforts visant à promouvoir la transparence, la responsabilité et le respect des droits humains tout au long du processus électoral.
La démocratie ne peut prospérer dans l’obscurité. Lorsque les citoyens sont réduits au silence, les observateurs mis à l’écart et l’information restreinte, les élections perdent leur sens. La légitimité des élections de 2026 en Ouganda sera en fin de compte jugée non seulement par le scrutin, mais aussi par le respect des libertés fondamentales avant, pendant et après le jour du scrutin.
AFEX est solidaire du peuple ougandais et réaffirme que la liberté d’expression et la participation civique ne constituent pas une menace pour la démocratie, mais en représentent le fondement.


